‘Tout nu sur le web’, je vote pour la publitude!



  • Jeff Jarvis est un blogueur très influent. Il est l'auteur de 'Tout nu sur le web' (en anglais, Public Parts), un livre que j'ai lu d'un couvert à l'autre dans le temps de le dire et que je consulte encore régulièrement. Ce livre parle du fait que nous vivons des vies de plus en plus 'publiques' grâce au web et que nous devrions commencer à apprécier les grands avantages que cette nouvelle réalité nous apporte.

    Il avance même l'hypothèse que notre société vit présentement un changement aussi fondamental que celui que nous avons connu lorsque Guttenberg a inventé l'imprimerie. N'oubliez pas qu'avant Guttentberg, il fallait se déplacer de ville en ville, de bibliothèque en bibilothèque pour lire la seule copie du livre. Imaginez l'impact du fait que beaucoup de gens puissent lire le même livre a eu sur notre capacité d'échanger, de débattre, de développer un esprit critique.

    L'idée de pouvoir partager, de faire ces 'liens' est caractéristique d'une ère nouvelle, l'ère de la publitude (Age of publicness – un mot qu'il a inventé et mal traduit d'après moi). Bref, son livre est fascinant car il documente l'histoire de la vie publique et de la vie privée. Il prend le temps de contextualiser le débat vie privée et vie publique. Il donne plein d'exemples qui illustrent bien comment le fait d'être publique peut changer des vies, enrichir nos vies et la société en général. Bref, tout le monde gagne en vivant dans une société de partage.

    Les photos satellites de Google sauvent des vies en identifiant des piscines non-conformes!

    Selon Jarvis, le fait d'être de plus en plus 'public', nous protège, rend notre société plus sécuritaire. A titre d'exemple, il mentionne que la ville de Riverhead, New York, a utilisé des photos satellites de Google pour identifier les piscines non-conformes. N'aurions-nous pas voulu les connaître cet été ici au Québec. Combien de vies auraient pu être sauvées?

    Mais la question est jusqu'à quel point sommes-nous prêts à donner notre accord pour que les gouvernements utilisent ces informations 'publiques' dans le but de mieux nous protéger? N'est-ce pas un de ces rôles fondamentaux? Les technologies existent, pourquoi ne pas les utliser à bon escient? On comprend que les gens aient peur, mais peur de quoi exactement?

    Qu'est-ce que cela veut dire 'privé'?

    Nous vivons dans un monde d'échanges, échanges d'idées, de photos, de vidéos, de recommandations etc. Jarvis présente l'argument que plus une société et les individus qui la constituent est ouverte, plus on y gagne. On gagne notamment l'accès à ce qu'on nomme la sagesse des foules (ie Wisdom of the Crowd). On le voit aussi au sein d'entreprises ouvertes qui cherchent à impliquer de plus en plus le consommateur dans le développement des produits et des processus. 

    Mais le gens ont des peurs: peur d'être victime d'un vol d'identité ou de diffamation, d'atteinte à sa réputation, que son image soit utilisée à des fins commerciales, de ventes frauduleuses, etc. On a aussi peur de ce que le gouvernement peut faire, qu'il nous surveille de trop près, qu'il exerce un trop grand contrôle sur nos vies. Peur du Big Brother de Orwell comme il se doit.

    Toutes ces peurs et craintes sont compréhensibles, mais la vraie question demeure avant tout une question de comportement. Tout comme Jarvis le dit si bien, 'The issue isn't about privacy but about the control of our information and our identities'. On vient donc à l'idée de réglémenter l'usage de l'information versus la collecte d'information. En fait, selon Jarvis, il est très difficile de définir qu'est-ce que le privé (privacy). Souvent, on définit privé en opposition à publique. Tout revient à une question d'éthique. Il propose d'ailleurs certaines règles de conduites.  

    • Ne pas voler d'information
    • Être transparent quant à l'usage des informations
    • Protéger l'information
    • Toujours indiquer la provenance
    • Donner aux gens l'accès à l'information qui les concerne
    • Ne pas utiliser l'information contre quelqu'un
    • Fournir un contexte
    • Expliquer les raisons pour lesquelles on utilise l'information
    • Créer une valeur. 

    Pour gérer cette 'publitude', nous n'avons pas besoin de plus de lois, mais de valeurs universelles

    Comme il le fait en ce qui concerne le privé, Jarvis énonce différents principes qui pourraient servir à alimenter la discussion sur cette nouvelle notion de 'Publitude'. Les voici:

    • Nous avons le droit de 'connecter': en Finlande, l'accès à la haute vitesse est un droit du citoyen.
    • Nous avons le droit de nous exprimer: mais pas sans limites (ex. pornographie juvénile, etc.)
    • Nous avons le droit de nous réunir et d'agir collectivement
    • Notre privé est basé sur une éthique de l'information et doit être protégé (Privacy is an ethic of knowing)
    • Notre publitude est basée sur une éthique de partage (Publicness is an ethic of sharing).
    • L'information des autorités qui nous gouvernent devrait être publique par défaut et secrète par nécessité
    • Ce qui est publique constitue un bien publique 
    • Toutes les bits sont de valeurs égales et doivent être accessibles: personne n'a le droit de contrôler l'information
    • L'internet doit rester ouvert et disponible.

    Enfin, Jeff Jarvis souhaite un monde nouveau. Moi aussi. Il cherche à susciter un débat d'idée qui nous permettra d'avoir un monde meilleur, un monde de collaboration, d'ouverture, de générosité. Les outils de partage, l'accès à l'information que nous avons par le web représentent une opportunité de faire grandir et nous donnent un pouvoir. <These tools allow people to make their living in new ways and to build new industries and new markets. They lower borders, even challenging our notion of nations. I hope that publicness serves to make us a more tolerant and trusting society.>

    Moi je vote pour une société basée sur le partage et si cela veut dire que je dois vivre de façon de plus en plus publique, ben tant mieux! Et vous, êtes-vous prêts à faire ce choix? Êtes-vous pour ou contre la publitude?

     

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